© 2017 by Ophelia Paquiero.

Ma Lecture - L'approche integrative en psychothérapie

March 24, 2018

MA LECTURE

 

 

 

Titre. L’approche intégrative en psychothérapie – Anti-manuel à l’usage des thérapeutes

Auteur. MAXIMILIEN BACHELART

Editions. ESF SCIENCES HUMAINES

Parution. JUIN 2017

 

 

 

 

 

 

 

_Cet ouvrage n’a pas pour vocation d’être un manuel, un plaidoyer pour un type de psychothérapie en particulier ou un manifeste intégratif bien qu’il traverse plusieurs réalités conceptuelles et cliniques. Nous espérons qu’il permettra d’améliorer la rencontre dans le monde de l’autre afin de permettre que de multiples transformations puissent s’opérer sous vos yeux. _

 

 

 

NOTES DE LECTURE

Sandra HURET. MARS 2018

 

Quand j’étais étudiante en psychologie en France, il me plaisait de faire des passerelles entre les différentes disciplines. Malheureusement ni les enseignements ni les enseignants ne favorisaient cette tendance à l’interdisciplinarité que mon cerveau sollicitait en secret. Je dis bien « en secret » car pour parfaire mes études j’ai appris à cloisonner les disciplines et faire comme si rien ne les rejoignait, la psychologie étant une science et de ce fait tendait à l’hyperspécialisation exclusive.

Mes connections naturelles et mes questions perpétuelles de cohésion ont donc été « mises aux oubliettes » durant pas mal d’années.

Par la suite, même si j’ai pu retrouver le bonheur de la pluridisciplinarité en travaillant aux Etats Unis puis encore plus tard en France sur des projets pluridisciplinaires mêlant les arts, les sciences, la psychologie, l’ingénierie, la médecine… , je n’ai pour autant pas remis au gout du jour mon questionnement (à demi frustré) sur l’interdisciplinarité au sein de la psychologie et plus spécifiquement de l’approche intégrative des différents modèles en thérapie, des différentes idées, des différents systèmes au sein de de la clinique.

Puis un jour, j’ai découvert un livre sur les psychothérapies avec une couverture et un titre qui ont tous deux réveillés mes passions « intégratives » et multi référentielles du passé :

Une image sur la couverture du livre, image sympathique et intrigante à la fois, conviant le lecteur à s’interroger sur les liens pouvant unir le cuisinier au thérapeute : l’image donc d’un cuisinier-thérapeute, un livre de « recettes » à la main, mélangeant des ingrédients portant les noms de Freud, Watson, Rogers… Le livre de recettes n’étant pas moins que l’ouvrage de Maximilien BACHELART…

Un titre : L’approche intégrative en psychologie.

Un sous-titre : Anti manuel à l’usage des thérapeutes

Quelle captivante surprise ! Retour dans le passé. Voyage dans l’avenir et réflexions dans le présent.

Des réponses à mes souhaits de « passerelles » d’antan ?

Oui, comme l’explique l’auteur, cet ouvrage, sans vocation à être un manuel, permet de se balader à travers l’histoire, les modèles, les systèmes, et la question de la psychothérapie intégrative dans le monde d’aujourd’hui et des enjeux de demain.

Des réflexions, des idées et par-dessus tout une véritable introspection éclairée sur la thématique de la rencontre. La rencontre à l’autre, la rencontre avec l’autre.

Oui. Ce livre est avant tout un questionnement original sur la rencontre. Un ouvrage scientifique sur les différentes méthodes visant à mieux saisir la dynamique de la rencontre. Une approche intégrative faisant le lien avec les différents modèles, et introduisant également la résistance aux changements, notamment en France.

Enfin, un regard sur l’autre, passionnément « psy », profondément humain.

« L’approche intégrative en psychothérapie » est alors un dialogue, une ouverture sur la question de l’autre mais aussi du thérapeute, de la thérapie, sur l’idée centrale que la psychothérapie ne peut pas toujours être réduite à des modèles.

Le questionnement est passionnant. Le débat, moderne et intense. Qu’espérer en effet de plus vivifiant pour redynamiser les réflexions sur le sujet….

En attendant le retour du lecteur, laissons Maximilien BACHELART nous éclairer sur son livre.

 

MES QUESTIONS A L’AUTEUR… MAXIMILIEN BACHELART

 

1. Comment définir au mieux les notions principales du titre de l’ouvrage ? « Approche intégrative » et « Anti-manuel » ?

 

L’approche intégrative est une façon d’observer, d’écouter une situation puis pourquoi pas d’intervenir, en tout cas de se positionner en ayant en tête plusieurs théories, plusieurs façons possibles de considérer le monde. Ce qui signifie que l’on est enclin à rapprocher ce qui semble parfois s’opposer, que l’on va au-delà des clivages que certains revendiquent. On peut donc être amené à travailler avec une approche cognitivo-comportementale et par la suite adopter une approche plutôt systémique. On peut aussi se référer à un modèle qui contient une représentation cohérente mais pétri de traditions qu’on a toujours opposées comme l’approche comportementale et la psychanalyse. Quand on adopte une approche intégrative on ne peut être complètement dogmatique, avoir une posture radicalement exclusive pour tel ou tel modèle théorique. On ne peut que constater que les modèles ont des limites et qu’il faut pouvoir s’en servir plutôt que d’être limité par leurs visions qui peuvent soit tourner à la caricature, soit ne plus être efficientes si on ne les utilise pas au bon endroit. Si je rencontre un adolescent qui n’a aucune demande et que je le « cuisine » pendant des heures en tant qu’analyste ou comportementaliste je peux par exemple n’obtenir aucun résultat. La faute à qui ? Probablement pas aux modèles et encore moins à ce jeune, mais à une évaluation du clinicien qui manque de pertinence ou de stratégie. Une pratique n’est jamais parfaite en un seule geste, elle peut s’ajuster. Dans ce cas, peut-être qu’une évaluation des aspects relationnels et notamment communicationnels dans ce système familial serait un outil pertinent de compréhension pour le clinicien et la famille elle-même. En ce sens l’approche systémique serait utile,

le clinicien aurait besoin premièrement de la connaître, la manier puis de s’autoriser à s’en servir s’il juge cela nécessaire…

 

Le terme d’anti-manuel fait vraiment référence à l’importance de la relation, faite d’inattendu, d’incertitude. C’est une invitation, une proposition faites aux cliniciens de bien vouloir décoller leur nez des livres qui sont très importants soit, mais qui peuvent parfois précéder notre regard au point de l’enfermer dans des attentes qui limitent la créativité. Nombre de mères dites « fusionnelles » se transforment quand on ne les suspecte plus d’être la cause des malheurs de leurs enfants… nombre de « névrosés » peuvent se défairent de leurs angoisses quand le thérapeute n’encourage plus la répétition du discours. Il n’y a pas de guide pour accompagner une personne, il y en a besoin peut-être au début d’une formation. La psychothérapie fait appel aux sensations du thérapeute, s’il n’utilise que son cerveau il n’arrivera à rien, sauf à renforcer les problématiques d’intellectuels qui ne veulent pas participer à leur transformation.

 

2. La métaphore culinaire est souvent présente dans votre ouvrage. Vous évoquez d’ailleurs le terme de « cuisine-thérapie ». Pour quelle raison ?

 

Déjà pour des raisons personnelles, cela me touche et c’est bien évidemment que les images s’invitent à moi en écrivant cet ouvrage. J’ai fait un détour pendant environ un an dans le monde de la cuisine, peut-être pour laisser un peu plus de place à mes sensations, après avoir engagé un mouvement vers l’intelligentsia universitaire qui ne m’a pas satisfait.

 

Je pense que la cuisine nous ramène aux sens, on regarde, goûte, touche, sous-pèse, compare, on touille, on teste, on aplatit, bref on se reconnecte à des activités d’enfants voire de bébé. François Roustang, un hypnothérapeute décédé en 2016 évoquait justement ce besoin que le thérapeute revienne à son corps, ses sensations et quitte le monde de l’intellect qui peut paraître sans fin en prenant exemple sur les bébés. La présence du corps dans l’environnement, non pas corps triomphant, corps au milieu du projecteur mais simplement corps vivant a ceci de réparateur qu’il est vrai et suffisant. Le grand leurre de la modernité c’est d’avoir alimenté l’égo, l’orgueil, l’intellect en nous faisant croire que c’était la voie royale pour le bien-être… En cuisine le plat est bon ou n’est pas bon, il se marie bien avec d’autres éléments. La recette se compose des mêmes ingrédients mais les conditions ne sont pas toujours les mêmes, les légumes n’ont pas toujours les mêmes saveurs. Si l’on prend le temps de rapprocher cuisine et thérapie il y a énormément de passerelles, les deux parlent de sensorialité, parlent au corps et sont l’expression de la créativité à travers la rencontre.

 

3. Dans la troisième partie du livre « Rapprochements et modèles intégratifs » nous pouvons voir en tête de chapitre la citation suivante : « Rapprochez les hommes n’est pas le plus sûr moyen de les réunir » de Louis de Bonald. Pouvez-vous développez cette réflexion ?

 

Le « vivre ensemble » qu’on entend moins mais qui était un slogan très répandu à une époque démontre bien que sans un effort il est difficile de pouvoir cohabiter de manière très proche. Les écoles thérapeutiques sont souvent « guerrières » comme je le nomme dans l’ouvrage. Les modèles doivent émerger de l’existant et donc se démarquer, quitte à dénigrer l’ancien pour promouvoir le nouveau. Dans les faits on a peu affaire à cela, les modèles cohabitant tout de même assez bien si l’on enlève le regard des humains ! Car là où le bât blesse c’est quand les théoriciens ou cliniciens prennent la parole pour affirmer leur existence, leur efficacité prétendument supérieure à celle du voisin. Les rapprocher c’est souvent les comparer… et l’on prend souvent bien plus de temps à différencier ou tenter de différencier des pratiques qui sont parfois similaires ! Les différences entre psychothérapies n’expliqueraient en plus pas pourquoi les gens « changent » ou « se transforment », la réponse serait plutôt à rechercher dans les facteurs communs comme l’alliance thérapeutique. L’accordage entre deux personnes (thérapeute et patient) semble plus intéressant que les désaccords entre thérapeutes, excluant très rapidement les patients justement au profit des idées des thérapeutes!

 

4. Que pensez-vous de la situation actuelle en France concernant les psychothérapies et l’approche intégrative ?

 

Mon premier mouvement est plutôt pessimiste. La France est le pays qui a le plus produit de psychologues en Europe… avec un taux de chômage dans cette profession qui demeure important (artificiellement réduit pour cause de reconversion de psychologues ne trouvant pas d’emploi). Deuxièmement on dénombre peu de gens satisfaits d’une psychothérapie autour de soi… Troisièmement la France a réglementé l’usage du titre de psychothérapeute mais nous n’avons strictement rien dit sur les contenus de formation… comme si l’on s’occupait de la couverture d’un livre sans l’avoir même parcouru ! Ceux qui ont statué sur cela n’étaient pas les mieux placés pour donner en plus leur avis ! Mais il est vrai que cela aurait pu protéger le public… mais protéger un mot amène à le contourner comme on le sait et l’on n’a rien endigué en termes de malfaisance. Tout cela a donc été politique avant tout...

 

Je pense que les anciennes générations apprenaient la psychopathologie et pouvaient parfois avoir une appétence pour l’approche phénoménologique qui tente d’entendre pas à pas le vécu de l’autre avant de le capturer dans des théories qui donnent un sens tout prêt et universel… Le souci des générations à venir et qui est déjà actuel est de céder à la tentation d’adopter des modèles toujours plus modernes, nous faisant croire à une meilleure utilité ou efficacité. Les psychothérapeutes peuvent être tentés de se placer comme les instruments d’une efficacité, en faire une affaire personnelle, plaçant donc le patient au second rang. Les thérapeutes ou les modèles n’ont pas à être observés en premier lieux et l’on ne peut réduire tous les symptômes et à n’importe quel prix. Il n’y a pas deux « dépressions » identiques, ni même deux « attaques de panique » ou « problèmes d’estime de soi ». Si l’on est d’accord sur ce principe on ne peut garantir l’efficacité supérieure d’un modèle sur tel ou tel symptôme. On peut arriver à des sentiments de tristesse et d’impuissance par des centaines de portes différentes, on ne peut donc avoir un outil qui règle ce « même » problème. L’illusion des nouvelles générations est de croire qu’on rencontre les gens en se formant au plus de modèles qui soit, comme si on accumulait le plus de lunettes aux verres colorés pour voir la réalité, la rencontre ne peut s’encombrer de toujours plus d’autre chose que la rencontre elle-même je pense…

 

L’approche intégrative va devenir un terme à la mode, et comme toute mode jusqu’à l’overdose. J’ai écrit ce livre avant qu’une vague l’emporte et la noie complètement, avant qu’on use et abuse de ce terme. Les abus existent déjà, on utilise ce terme sous couvert de faire quelque chose de bien alors qu’on pratique parfois une clinique qui n’a pas de sens, où s’entrechoquent de manière insensée un amoncellement de pratiques. Des « psychopraticiens » mélangent la PNL avec ce qu’ils pensent avoir compris d’une prétendue psychanalyse à laquelle ils sont « formés » en trois weekends… d’autres psychothérapeutes sortis de l’université ne connaissent pas leur psychopathologie, on fait très peu de stage, lisent peu et ont déjà le regard modelé par l’idéologie de leur université jusqu’à comprendre au bout de quelques années qu’ils bloquent et ne voient pas les forces qui agissent sur eux, leurs patients et leurs symptômes…

 

L’avenir de l’approche intégrative je ne le maitrise pas, j’espère qu’il permettra de mettre sur le même plan des théories sérieuses, de rapprocher les cliniciens non pas sur le terrain du dogme ou de la véhémence des propos mais sur leurs pratiques cliniques et interrogations de terrain. Partir des pratiques pour remonter aux idées me semble un chemin raisonnable et l’approche intégrative comme je la conçois amène à cela. Les modèles s’accumulent d’années en années alors soit… utilisons les pour voir en transparence ce qu’ils nous disent des gens que l’on rencontre.

 

5. Je sais que vous n’appréciez pas beaucoup certains phénomènes de mode comme actuellement la tendance quasi-systématique à solliciter les psychologues pour effectuer des tests de QI. Que pensez-vous de cette tendance ? Comment l’expliquez-vous ?

 

Il y a deux points dans votre première phrase : l’intérêt des tests de QI et le fait de solliciter les psychologues. Mon vétérinaire a dit récemment que ma chienne était « précoce », c’est véridique. D’ailleurs la majorité des enfants autour de nous seraient précoces n’est-ce pas ? Et quand tout le monde est en avance, c’est peut-être que nos montres sont déréglées j’imagine… Evidemment que je suis contre comme je suis contre la prescription d’antidépresseurs auprès de chaque personne qui évoque une tristesse. Les gens demandent des tests de QI pour leurs enfants pour expliquer l’agressivité du petit dernier, parce qu’il est hyperactif ou émotif… la question de la parentalité est souvent relayée au second plan voire passée sous silence le plus absolu. La pathologie inscrite dans l’autre est un grand classique de la psychiatrie et refait son entrée par la « douance » vu à la foi comme un don et une malédiction. L’idée n’est pas de chercher une cause chez les parents mais de se demander si quelque chose ne se joue pas. Les enfants agacent et mettent en difficulté car souvent ils viennent faire écho à ce que les parents veulent voir ou ne veulent surtout pas voir chez eux… on ressent bien le plaisir de certains à se plaindre du trop-plein d’intelligence de leur enfant… qui malheureusement, je l’ajoute, présente parfois un gros manque d’intelligence social en retour ! On commence d’ailleurs à entendre en consultation de jeunes adultes en vouloir à leur parent de s’être emparé de cette étiquette de précocité au détriment d’une réflexion sur ce qu’il se passait à la maison ou en termes de vécu pour l’enfant. Je ne peux pas décider chez le chirurgien du scalpel qu’il voudra utiliser, idem pour les outils du psychologue. C’est à ce dernier de juger de la pertinence de cela, obtenir une note moyenne n’avancera pas forcément à grand-chose et je passe sur les collègues qui font des conclusions psychanalytiques farfelues sur des mamans qu’ils ont croisé deux minutes dans la salle d’attente à la fin de rapports traitant exclusivement de l’intelligence… les tests de QI sont devenus des objets étranges qui sont chargés d’enjeux affectifs, entre le psychologue qui aurait le pouvoir de quantifier l’intelligence (les tests sont tout de même limités en passant sous silence certains pans entiers de ce qu’on peut nommer l’intelligence…) et des parents qui chercheraient les fameuses « causes » d’un problème identifié parfois à tort uniquement dans l’enfant… Donc les tests de QI ont une utilité mais c’est comme tout, à toutes les sauces cela devient pénible et même le meilleur plat du monde ne peut contenter quelqu’un qui a soif.

 

6. Vous êtes vous-même Docteur en Psychologie et Psychothérapeute. Comment voyez-vous l’avenir de la psychologie et des psychothérapies en France ?

 

Si vous utilisez le qualificatif de Docteur je pense à mon inscription dans le monde universitaire. En ce sens je n’ai plus grand-chose à en dire, je ne suis plus le mieux placer pour en parler. La psychologie a toujours été en péril, flirtant en France avec la psychanalyse, elle flirte désormais dans un ménage à trois peu clair avec la psychanalyse et les neurosciences. Elle a voulu se donner des airs de médecine de l’âme en oubliant qu’elle ne s’adressait pas à de l’organique… la médecine et notamment la psychiatrie désormais l’utilise pour venir valider ses explorations à l’intérieur du cerveau. Tout ceci n’est pas toujours d’une grande utilité quand on parle clinique pure et dure. On trouve des gènes mais on n’est pas d’accord sur grands choses et ça ne change rien sur le terrain… On pense approcher de la vérité en utilisant des méthodologies bien compliquées mais en fait idéologiquement orientées. L’habillage scientifique, les mathématiques, ne sont pas des preuves mais des moyens de prouver et comme tout moyen ils sont porteurs d’une intention.

 

Pour ce qui est des psychologues l’ignorance se cultive et se valide avec le plus grand sourire quand on teste dans trois départements français la prescription sur ordonnance de consultations psychologiques par le médecin… pour tester le remboursement des consultations à hauteur de 22 euros brut… sans dépassement possible. Personnellement je connais peu de cliniciens prêts à travailler pour 22 euros (retirez 25 à 50% de charges pour obtenir le net) les 45 minutes à une heure… et bien évidemment il est bien connu que les médecins sont spécialistes pour pouvoir comprendre les indications auprès du psychologue, de la même manière qu’il n’y a pas mieux qu’un plombier pour savoir quel type de compteur électrique il faut installer dans une maison ! Mais oui, les deux s’occupent de la même entité, la maison voyons ! Bref l’inféodation médicale sur les psychologues a repris de la vigueur et vu le nombre d’opportunités il y aura bien des psychologues pour se soumettre… voici une image concrète du présent des psychologues. A cela on peut aussi ajouter que le temps FIR (Formation Information Recherche) est désormais accordé ou retiré selon la seule volonté du directeur d’un hôpital au psychologue et je vous laisse imaginer la tendance actuelle.

 

Le cas français, comme à son habitude est particulier, les belges me semblent proches de nous pour ce qui est de la représentation des psychologues. Quand vous allez en Suisse ou au Canada vous constatez que les psychologues sont plus respectés, peuvent diriger des unités ou des services, ont des connaissances en pharmacologie sans être forcément prescripteurs, peuvent mener des recherches avec des méthodologies solides. Les salaires sont motivants et il est clair qu’être payé 700 euros net pour un mi-temps comme je l’étais en début de carrière à l’Assistance Publique avec mon Bac+8 était tout simplement honteux même si j’aimais mon travail. La faute est partagée, je ne pourrai faire une analyse qui mettrait tout le monde d’accord… nous n’avons pas d’ordre des psychologues (se mettre en ordre en France me semble utopique…), on répugne à faire des hiérarchies et les décisions ne se prennent pas, certains anciens dominent et dirigent leur pré carré pendant ce temps. Les stagiaires psychologues sont souvent cantonnés à écouter silencieusement quelques consultations là où je menais du début à la fin des thérapies comportementales à Montréal avec enregistrement et supervision hebdomadaire… cherchez l’erreur ! Bien évidemment qu’en retour ils ne sont pas rémunérés, mais sans responsabilité c’est le serpent qui se mord la queue, rien ne change. La seule solution qui m’apparaît serait, je l’ai toujours rêvé, que l’université ne soit pas qu’un lieu de théorisations mais aussi de pratiques, on se forme en faisant puis en pensant et ainsi de suite. Plusieurs pays font cela depuis des décennies : des lieux de consultations universitaires, ce qui permettrait de désengorger les CMP (Centre Médico-Psychologiques) qui ne sont plus en capacités de faire face aux demandes écrasantes ! On pourrait y apprendre avec ses enseignants mais cela demanderait de s’engager, de se mouiller. Mais que voulez-vous, c’est le syndrome français : regarder les voisins faire, les envier et dire qu’on en parlera à la prochaine réunion. Les psychologues québécois ont un doctorat, ressortent psychothérapeutes là où nos psychologues sont formés à seulement évaluer. Il aurait fallu en France déployer la carte d’une formation universitaire solide pour se différencier des autres professions. Comment une personne tout venante peut différencier un psychologue à Bac+5 ayant suivi trois ans de formation en psychothérapie payée de sa poche une fortune d’un thérapeute formé en seulement 6 mois ? Elle ne le fera pas… Elle ira même plutôt vers celui qui affiche une certaine confiance, c’est-à-dire le type en reconversion professionnel, sûr de lui, plutôt que le jeune psychologue qui s’excuserait presque d’avoir un métier en tête des emplois qui mène droit aux allocations chômage. Je passe également sur tous ces enseignants que j’ai pu croiser et qui n’avaient pas croisé de patients depuis des années mais connaissaient par cœur les côtes des bouquins à emprunter dans la bibliothèque universitaire ! Heureusement que tous les enseignants ne sont pas de ce gabarit mais il me semble que nous devrions engager des cliniciens chercheurs ou seulement cliniciens à l’université pour parler à d’autres futurs cliniciens. Il y a donc des solutions même si mes propos peuvent paraître colériques ou dépressifs ! Pour ma part j’ai décidé d’investir d’autres espaces où l’on peut se permettre d’utiliser des méthodes pédagogiques plus adaptés que les fesses vissées sur un banc à écouter un enseignant lire un chapitre de son dernier ouvrage. La transmission pour moi doit être un acte de vie, quelque chose qui engage corporellement, qui interpelle, qui fait bouillir, rêver, mettre à jour et non un processus de stockage passif.

 

Les psychologues cliniciens français sont plus enclins à s’excuser, à rentrer les épaules, on pourrait presque évoquer une problématique de maltraitance à laquelle ils participent malheureusement malgré eux… Un collègue me faisait la remarque que le champ du travail est beaucoup moins enkysté dans cette problématique, les psychologues étant vus à cet endroit comme plus légitimes, le pragmatisme étant peut-être de mise, le lien aux entreprises étant moins flou que le lien à la souffrance des patients. En France il faut encore et toujours culpabiliser d’être psychologue, d’aider les gens en difficulté tout en ayant un salaire convenable, amener des gens à se révéler, se transformer, être soignant est censé être un véritable sacerdoce mais on n’a jamais été trop regardant sur les médecins roulant dans des voitures de sport… l’un papote pendant que l’autre guérit !

 

De l’autre côté l’avenir des psychothérapies n’est pas encore écrit, le ras-le-bol du tout scientifique et l’overdose de nouveaux modèles amènera peut-être à un retour « aux fondamentaux » comme on dit. J’espère de tout cœur qu’on arrêtera de se leurrer avec cette histoire de modernité technologique qui fait plutôt vivre les laboratoires qu’apporter quelque chose aux vrais gens de tous les jours. La psychothérapie n’a pas vraiment réussi à s’exprimer d’une voix claire, la preuve en est que les gens se perdent dans tous les qualificatifs et ne savent vers où se diriger. Les conflits n’amenant pas à des accords basiques, les américains par exemple sont moins frileux à rapprocher les objectifs de la psychanalyse, de la Gestalt, de la thérapie familiale ou de la pleine conscience… Ce manque de concret et de pragmatisme très français amène parfois un rejet par le grand public qui va volontairement vers le psychiatrie (remboursé mais surtout médecin donc pris au sérieux même s’il n’est pas la bonne indication) ou vers des pratiques qui semblent plus claires, moins floues et dangereuses comme le coaching, le développement personnel etc. A côté de cela les gens ont toujours besoin de chercher la pratique qui réglera leurs difficultés dans un minimum d’efforts, l’hypnose revient au-devant de la scène, comme si elle pouvait faire fi des divers blocages qui entourent les gens et les maintiens dans leurs problèmes… Je pense que l’avenir des psychothérapies sera envisageable avec un dialogue entre professionnels puis un échange avec le public, j’espère que mon ouvrage aura au moins permis à quelques personnes d’attiser leur curiosité de ce qu’il se passe chez leurs voisins cliniciens.

 

J’espère que ce long partage, ces réponses à rallonge, n’entacheront pas la volonté de mes collègues. Je pense qu’il faut prendre ses responsabilités et notamment s’éloigner, même si cela prend du temps, de ce qui ne nous correspond pas ou nous met en mauvaise posture. Si les psychologues ou psychothérapeutes ne savent pas sortir de schémas destructeurs pour leur vie personnelle ou professionnelle, comment peuvent-ils aider leurs patients à s’en dépêtrer ? L’espoir est encore là, de voir apparaître un renouveau, donner une existence juridique au code des déontologie des psychologues serait par exemple un pas de plus mais qui aura un prix, celui de possibles sanctions. Mais pour pouvoir être pris au sérieux il faut pouvoir s’engager, il y a un risque, on n’a rien sans rien et en 2018 la vie est toujours ainsi faite je crois…

 

Propos recueillis par Sandra HURET

 

Des questions ? Contacter Sandra HURET : sandra.huret@gmail.com

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